Journal d'une femme entrepreneure
Épisode #002
Ce que 48 heures de silence retrouvé m'ont appris
Il y a un chiffre qui ne veut rien dire, et un autre qui veut tout dire. Le premier, c'est 130 000. Le deuxième, c'est 800. Le premier, c'est mon compte voyage, celui que j'ai construit pendant trois ans en partageant chaque découverte, chaque détail, chaque coulisse d'un mode de vie que j'aime. Le deuxième, c'est un compte que j'ai ouvert il y a quelques mois pour une boutique de bijoux qui n'existe presque pas encore. Et pourtant, ces derniers jours, c'est le compte à 800 qui m'a fait revivre.
Ce qui m'a rendue silencieuse
Ça fait quelque temps que je n'ai presque plus rien partagé d'intéressant sur mon compte voyage. Officiellement, je n'ai plus le temps : je suis tête baissée sur mon ordinateur à construire mes projets, et entre la chaleur qui décourage de sortir et les journées qui filent, le soir arrive et je n'ai rien à montrer. Mais si je suis honnête avec moi-même, comme je le suis dans ce journal de ma publication dernière sur le doute, ce n'est pas vraiment une question de temps. C'est une question de poids. Trois ans à construire une communauté, ça installe une pression silencieuse : celle de ne jamais décevoir, de ne jamais publier quelque chose qui ne soit pas à la hauteur. Et cette pression-là, à force, ne donne plus envie de partager. Elle donne juste envie de se taire.
Et il y a une autre couche, plus concrète : j'ai mis en place, il y a quelque temps, un abonnement payant pour partager l'envers du décor avec une petite communauté de fidèles. Ces derniers mois, Instagram a changé les règles de cette fonctionnalité, et je ne peux plus leur partager de vidéos comme avant. Ça me frustre, j'aime me confier à eux, et j'ai l'impression de ne plus pouvoir tenir la même promesse. Je veux garder cette communauté proche de moi longtemps, mais ça veut dire revoir entièrement ma façon de leur donner ce sentiment d'être privilégiés. Le travail sur Instagram, en ce moment, est vraiment difficile.
Hier, un colis est arrivé
J'attendais mes échantillons de bijoux depuis quatre semaines, un délai de traitement qui n'en finissait plus. Et hier, ils sont enfin arrivés. J'ai eu une envie immédiate, presque instinctive : les montrer. Pas dans une mise en scène pensée, pas avec un montage soigné. Juste un déballage brut, filmé tel quel, sur le compte de la boutique, celui où presque personne ne regarde. 200 personnes à peine.
Et c'est là que quelque chose a changé.
Ce que j'ai osé montrer
Sans la pression des 130 000 abonnés, j'ai montré des choses que je n'aurais jamais montrées ailleurs. Les bijoux portés sur moi, sans retouche. Les deux pièces que j'ai finalement décidé de ne pas garder, et pourquoi. La raison pour laquelle j'avais fermé ma première boutique. Ma difficulté à trouver un photographe professionnel et les coûts, et la décision de faire moi-même les photos produit en apprenant en marche, sans savoir si le résultat serait à la hauteur.
Rien de tout ça n'était parfait. Rien de tout ça n'était préparé. Et c'est exactement pour ça que ça a fonctionné.
Ce que le retour du public m'a appris
En 48 heures, j'ai reçu plus de messages de soutien sincère que je n'en avais reçu depuis longtemps sur mon grand compte. Pas des likes polis. De vrais messages, de vrais gens, une vague de bienveillance que je n'attendais pas sur une communauté aussi petite. Et ce soir, en m'asseyant enfin pour souffler, une phrase m'est venue, simple et évidente : les gens aiment voir le beau, mais ils aiment encore plus voir le vrai.
La question que je me suis posée
Alors forcément, une idée m'a traversé : et si je mettais mon compte voyage en pause quelque temps ? Je le sens moins vivant qu'avant, moins d'échanges, moins d'élan et une part de moi a voulu y lire la preuve que je n'intéresse plus personne.
Mais je me méfie de ce genre de jugement qu'on s'invente, celui-là même dont je parlais dans ma publication #001. Ce n'est peut-être pas la taille de l'audience qui m'a fait taire. C'est peut-être la version de moi-même que je pensais devoir y montrer. Est-ce que cette liberté que je viens de retrouver sur un tout petit compte peut exister aussi sur un grand ?
Je n'en sais rien encore. Mais c'est la question que j'emporte avec moi ce soir et j'aurai peut-être bientôt l'occasion de la tester : un séjour en Chine se prépare, et il sera sans doute le bon endroit pour renouer ce lien avec ma communauté voyage. Si elle est toujours présente.
Ce que je sais déjà
Je ne sais pas si mes bijoux auront du succès. Le marché est grand, la concurrence existe, rien n'est garanti. Mais je sais déjà une chose : je suis en train de construire l'histoire d'une femme qui crée une marque de bijoux. Et ce ne sera pas juste vendre des bijoux. Ce sera une histoire de bijoux à vendre.
Et si tu veux suivre les coulisses brutes de cette boutique en train de naître, c'est par ici sur instagram → @coeur_ailleurs_
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